Laurent VIGOUROUX, Maître de Conférences à l’Institut des Sciences du Mouvement, Marseille

Le biomécanicien de la main se livre sur sa vision de l’homme augmenté. De l’escalade à la mesure de la performance de la préhension, la recherche de l’impact sociétal est son driver.

Laurent VIGOUROUX, MDC Institut des Sciences du Mouvement (ISM ; Aix-Marseille Université CNRS), Luminy – Marseille (l'ISM est labellisé Institut Carnot STAR )

Laurent VIGOUROUX, MCF, Institut des Sciences du Mouvement (ISM ; Aix-Marseille Université CNRS), Luminy – Marseille (l’ISM est labellisé Institut Carnot STAR )

[SATT] Qu’est-ce qui vous a poussé au transfert de vos résultats de recherche ?

[Laurent VIGOUROUX] Clairement, son impact sociétal. L’impact scientifique par des articles est certes important et mes articles intéressent la communauté scientifique, mais ma recherche n’a pas encore d’application dans la vie de tous les jours. Il n’y a pas de perméabilité entre reconnaissance scientifique et sociétale, aussi je souhaitais rendre ces deux mondes perméables, donner du sens à ce que l’on fait au laboratoire ; justifier ma recherche en quelque sorte.

Pouvez-vous nous décrire brièvement votre invention et ce qu’elle apportera à la société ?

Je suis biomécanicien de la main et je m’intéresse aux activités sportives et quotidiennes qui impliquent l’usage des mains. L’idée centrale de mon invention est de fournir à un sportif, par exemple un grimpeur, des informations auxquelles il n’a pas accès et qui lui permettront de progresser dans sa pratique sportive en compétition ou en loisir sur une base scientifique. A terme, il s’agit de donner le moyen aux individus d’obtenir des informations utiles au quotidien pour mieux appréhender leurs activités sportives, leur activité physique et leur santé.

Mon but est de contribuer à l’Homme augmenté en fournissant des données scientifiques de manière intelligible, lisible et claire, par le moyen d’objets connectés en temps réel.

Racontez-nous le parcours de votre invention

Pratiquant l’escalade, je me suis naturellement intéressé à la connaissance de la performance de la préhension des grimpeurs. Nous avons initié un travail de recherche fondamentale sans visée applicative au départ. Un état de l’art de la recherche sur ce sujet a permis de constater un décalage important entre les connaissances fondamentales et celles issues du milieu sportif. Pour valoriser ma recherche, j’ai travaillé sur un gant pour la préhension, allant jusqu’à dessiner des plans détaillés ; cependant ayant tardé avant de chercher à la valoriser, cette opportunité a fini par m’échapper.

Quand les idées sont là, il faut les valoriser rapidement, au risque de voir des brevets émerger ailleurs. Le rapport à la propriété intellectuelle n’est pas évident pour les chercheurs. Cette réflexion m’a encouragé à rencontrer la SATT Sud-Est pour valider l’intérêt de mes inventions. Cette démarche est une mise en confiance, plutôt qu’un risque. La SATT Sud-Est sait gérer ces aspects et, désormais, pour mes nouveaux travaux de recherche à valoriser, je réagis plus vite. Ainsi, j’ai déposé une déclaration d’invention qui m’a permis de de travailler avec la SATT pour le développement d’un prototype breveté prometteur.

Le transfert constitue-t-il un frein à vos activités, ou au contraire avez-vous été soutenu dans cette démarche ? Quels obstacles avez-vous rencontré ?

Il faut que les chercheurs osent plus sortir de leur quotidien et de leurs laboratoires. A l’heure actuelle, l’évaluation de la carrière des chercheurs est centrée sur les performances académiques (nombre d’articles, de citations…), avant la valorisation. De plus, le temps consacré à l’activité de recherche et à l’enseignement est important. Ajoutez à cela les aspects administratifs et la méconnaissance du monde de l’entreprise ou de l’innovation, tout cela représente un frein psychologique important.

Mais un changement est en train de se produire, l’obtention de financements privés est un signe de reconnaissance par le laboratoire. En effet, ils peuvent permettre de soutenir financièrement les projets par le recrutement de CDD ou l’achat de matériel, par exemple.

Que retenez-vous de votre expérience du transfert ?

La première prématuration avec la SATT Sud-Est a permis la réalisation d’un prototype et d’améliorer le modèle biomécanique. La principale difficulté est de trouver le partenaire industriel adapté. Depuis la réalisation du prototype, un travail d’identification et d’approche du meilleur partenaire est en cours avec la SATT Sud-Est. De plus, une seconde maturation est lancée pour améliorer le prototype existant, et répondre au mieux aux contraintes industrielles.

Quel est le bénéfice de votre projet de transfert sur vos activités de recherche ?

Le projet de transfert en cours donne un sens pratique concret à ma recherche. L’innovation peut nourrir la recherche en permettant d’aborder d’autres aspects scientifiques. Dans mon cas, me permettre de travailler sur la performance de l’individu via le développement de nouveaux protocoles d’entrainement. Un véritable aller-retour entre recherche et innovation s’est établi.

Le regard de vos collègues sur le transfert a-t-il changé ?

Je ne peux pas généraliser, mais en échangeant avec mes collègues, je constate que l’investissement en maturation de la SATT sur le projet ne laisse pas indifférent. Obtenir un tel financement dans le public est difficile. Le transfert est une source de financement et peut donc stimuler l’innovation et les applications.

Dans mon laboratoire, les idées fusent et plusieurs projets sortent. De plus, les sensibilisations menées par la SATT agissent positivement sur le regard des chercheurs vis-à-vis du transfert. C’est une de ces rencontres qui a déclenché ce projet et d’autres à l’ISM.

Que pensez-vous de cette expérience ?

L’expérience est très positive. Cela m’a pris plus de temps que je ne le pensais, mais l’accompagnement procuré par la SATT Sud-Est depuis 1 an me rend optimiste quant à l’avenir de mon invention. Je serais déçu si cela n’aboutissait pas !

Interview réalisée par Florent MARTIN et Philippe SPIGA, avec la participation d’Aurélien FALCOT

Pour aller plus loin